Les monnaies locales

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L'engouement pour les monnaies locales et citoyennes (MLC) ne se dément depuis les années 2000. Des projets se préparent et de nouvelles MLC entrent en circulation chaque mois, encouragées par la notoriété du Sol-violette à Toulouse ou de l'Eusko au Pays basque, et de la diffusion du film "Demain". En 2016, la Normandie compte deux MLC, la première - le Grain - lancée au Havre et l'Agnel sur le Grand-Rouen, dans le périmètre de la Métropole Rouen Normandie. Une monnaie - la Normaille - est en préparation à Caen. D'autres villes - Evreux, Louviers, Doudeville... - mènent leur réflexion.

Présentation générale

Des atouts pour les territoires...

Les fondateurs des MLC partent du constat qu'un infime pourcentage - moins de 2% - de la masse phénoménale de devises en circulation dans le monde sert aux échanges dans la vie réelle, pour se nourrir, se vêtir, se loger, se divertir... Le reste - plus de 98 % et sans doute davantage avec le trading à haute fréquence effectué à la nanoseconde par des échanges informatisés - échappent entièrement aux citoyens comme au contrôle des banques centrales. Ce rapport terrifiant entre deux usages - "propre" et spéculatif - permet de comprendre que l'éclatement d'un bulle financière peut mettre à terre l'économie d'un pays comme l'Argentine en 2001 qui a vu éclore des monnaies parallèles, voire de la planète entière avec la crise des subprimes de 2008... Les monnaies locales visent donc à faire circuler un moyen de paiement pour son usage "propre". Ne pouvant être utilisée qu'auprès de prestataires l'acceptant, la garder par devers soi ne présente aucun avantage. Au-delà de ce constat, l'objectif d'une MLC est de contribuer à une production de richesse localement - revenus supplémentaires pour les prestataires, emplois non délocalisables - en favorisant un aspect jugé prioritaire : le développement des circuits courts.

... en raison de deux cercles vertueux

Premier cercle vertueux, la MLC incite les utilisateurs à modifier leurs comportements d'achat et les prestataires à s'approvisionner sur le territoire, dans toute la mesure du possible, comme à orienter leur activité vers la transition écologique. Ces objectifs sont consignés dans une charte des valeurs adoptée par l'association réunissant les utilisateurs et les prestataires. Déclinées diversement, ces chartes promeuvent généralement le respect de valeurs éthiques, l'adoption de mesures de transition écologique et énergétique et l'engagement de rechercher dans la mesure du possible des producteurs locaux. Le respect effectif de certains points de la charte des valeurs et l'engagement à adopter une politique d'amélioration continue suffit pour qu'un prestataire soit admis. La commission d'agréments procède ensuite au suivi des engagements pris par les prestataires. Le second cercle vertueux résulte de l'utilisation des euros échangés contre la MLC, déposés obligatoirement sur un compte particulier - dit compte de "nantissement" - qui sert de garantie pour le remboursement des porteurs de MLC en cas d'abandon de sa circulation. Ces euros sont placés sur des fonds dédiés aux prêts pour les porteurs de projets de l'économie sociale et solidaire (ESS). Les MLC font ainsi "d'une pierre, deux coups", un double dividende écologiste !

Les principes du fonctionnement d'une MLC

En France, la Loi Hamon (juillet 2014) a légalisé l'existence des MLC. Elles doivent être déclarées à la Banque de France, émises par une association regroupant les utilisateurs et les prestataires. La parité avec l'euro est obligatoire. Toutefois, lors du change la plupart des MLC offrent aux utilisateurs une remise de quelques pourcents, versée d'avance, sur leurs achats futurs. Si les utilisateurs ne peuvent effectuer l'opération inverse, en revanche les prestataires ont cette faculté mais ils supportent alors le coût de cette remise initiale en perdant ces pourcents. Les prestataires sont donc incités à contribuer au développement de la MLC de plusieurs façons : en l'acceptant pour se rémunérer ; en y associant leurs salariés volontaires ; en faisant entrer dans la circulation leurs propres fournisseurs, donc en étendant le réseau des prestataires... L'extension continue de la circulation de la MLC dans un espace géographique donné est bien l'objectif. Il est obtenu par l'arrivée de nouveaux utilisateurs qui vont privilégier un réseau de prestataires progressant dans le respect de la charte des valeurs. L'élargissement doit aussi être recherché d'un point de vue social - et plus des retombées économiques et écologiques - par la possibilité pour des collectivités territoriales - par exemple les CCAS - ou des institutions caritatives de verser une part de leurs aides financières en MLC sur une base volontaire. Les personnes aidées peuvent ainsi découvrir d'autres façons de consommer - des produits sains dans des lieux conviviaux - et d'une manière moins stigmatisante car la présentation en caisse d'un coupon-billet de MLC n'a pas le même effet que celle d'un bon d'achat. Dans ce cadre, la MLC devrait pouvoir favoriser des échanges intergénérationnels...

Les MLC présentes sur le territoire normand

(dans l'ordre de leur apparition).

Le Grain au Havre (à rédiger)

L'Agnel sur le Grand-Rouen

L'agnel a été lancé sur Rouen et Elbeuf à la mi-novembre 2015. Cette MLC a vocation à s'étendre sur le territoire de la Métropole Rouen Normandie. Elle est portée par une association "Monnaie locale et complémentaire du Grand Rouen" (MLC-GR), créée en juin 2014 qui a bénéficié d'un concours financier de la Région via les contrats aidés. Un rapport de faisabilité a été rédigé dans ce cadre. La MLC compte aujourd'hui (fin mai 2015) plus de 400 utilisateurs pour plus de 80 prestataires. Les coupons-billets libellés en agnel représentent environ 20 000 euros au Crédit cooépératif (nantissement) et mis à disposition pour le financement de projets normands de l'ESS. L'association partage avec Artisans du Monde un local commercial au 82 rue de la République à Rouen. Six prestataires bureaux de change, dont un à Elbeuf, sont à la disposition des utilisateurs.

La Normaille à Caen (à rédiger)

L'avenir est-il à une MLC normande à l'échelle de la région ?

Le lancement en 2018 d'une monnaie régionale complémentaire (MRC) a été annoncée en avril 2016 par Hervé Morin, président de la Région Normandie[1]. L'objectif serait de permettre la construction d'une offre diversifiée et structurée des fournisseurs par la création de circuits économiques complets, et pas uniquement à l'échelle des consommateurs. Avec pour conséquence une circulation plus importante des monnaies locales et une moindre reconversion des MLC en euros. Des études menées en 2014 (source ?) sur l'économie circulaire en Normandie démontrent que l'échelle de la région permet une autonomie de production de 70%. Si le nombre des prestataires augmentent, il faut impérativement tenter d'y associer un réseau de fournisseurs dans lequel des PME/PMI qui pourraient écouler leurs MRC entre elle et auprès de leurs salariés volontaires. Il faudrait réfléchir aussi au maintien d'une gouvernance citoyenne grâce à une structure juridique ad hoc à l'échelle régionale comme à faire vivre des commissions d'agréments des prestataires décentralisées... Toutefois, une MLC normande poserait de nombreux problèmes de gouvernance et une première étape pourrait passer par l'interchangeabilité - ou l'interopérationnalité - des différentes monnaies en circulation afin de donner une réalité à ce réseau de fournisseurs en circuits normands courts.

Mais, selon Jérôme Blanc, l'objectif est aussi ailleurs : "L’économie promue par ces monnaies est donc une économie morale et ne saurait être réduite à la seule dimension quantitative de l’activité, même si celle-ci demeure importante. L’enjeu est, en réalité, que les changements qualitatifs aux échelles locales provoquent peu à peu des transformations quantitatives globales : c’est le même enjeu que celui de l’économie sociale et de l’économie solidaire dans leurs fondements historiques."

  • Liens vers des sites spécialisés

www.monnaie-agnel.fr

  • Bibliographie

Alternatives Economiques (juin 2016), dossier spécial "Rendez-nous la monnaie".

Blanc Jérôme, professeur à Sciences Po Lyon, chercheur au laboratoire Triangle a écrit un article intéressant publié par Les Idées.fr, Les monnaies locales : un bilan d’étape qui fait le bilan des monnaies locales - http://www.laviedesidees.fr/Les-monnaies-locales-un-bilan-d-etape.html

Derudder P. (2006), Rendre la création monétaire à la société civile, Ed. Yves Michel.

Derudder P., Holbecq A-J. (2011), Une monnaie nationale complémentaire, Ed. Yves Michel.