Patrimoine et tourisme vert

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« Si nous parvenons à convaincre nos contemporains que ce patrimoine est, pour employer un langage auquel ils sont sensibles, une énergie fossile, que notre sol a conservée, qui accumule la force du temps et qu’il s’agit de recycler, alors se produira une inversion des valeurs, une réaction en chaîne et tout ce capital dormant libèrera son énergie. »

Jaques Rigaud, Revue Monuments historiques CNMHS 1977 p.8

Entre terre et mer, entre nature et culture, la Normandie teinte de vert ses patrimoines : les vieilles images convenues des pommiers en fleurs, des iris perchés sur le toit des chaumières, images des bocages, mais aussi les nouveaux sites et circuits sous l’égide du tourisme vert et durable, comme le jardin des Amouhoques à Mesnil-Durdent ou la voie verte Paris/Londres.

Pourtant, son agriculture extensive n’est pas toujours écologiquement correcte.

Pourtant, le réseau très dense des châteaux et manoirs de Seine Maritime (300 pour le seul Pays de Caux, un record national), montre l’importance d’une propriété foncière nobiliaire guère équitable.

Pourtant, la chaumière à pans de bois et torchis du tisserand « cacheux de navettes », est souvent devenue fermette secondaire.

Pourtant, les sites Seveso jalonnent la rive droite de l'estuaire de la Seine et le Havre, porte océane, magnifie le béton de Perret...

Alors ? En quoi le tourisme normand répond-il aux exigences du tourisme durable et du tourisme de nature qui préconisent :

  • la visite de milieux naturels relativement intacts et non pollués,
  • la préservation de l’environnement,
  • le développement du territoire impliquant les communautés locales ?
  • Et quelles sont les différences entre tourisme rural, agrotourisme, tourisme de nature, tourisme à la campagne, écotourisme, tourisme durable ? Une première réponse à cette dernière question : tous ces noms sont autant de réponses à l’inquiétante progression du tourisme dit « de masse » et aux menaces qu’il fait peser sur l’environnement.

Pour y voir un peu plus clair :

Ecotourisme.png


APPN : activités physiques et de pleine nature

J’ajouterai que ce tourisme vert est un tourisme du détail qui impose de s’arrêter et de prendre le temps. Si les grandes familles de bâtiments se retrouvent partout (châteaux, églises, abbayes, fermes…) leurs formes et leurs matériaux varient selon les régions. Ainsi ne peut-on imaginer la Picardie sans ses portes charretières, la Bretagne sans ses calvaires, la Normandie sans ses colombages. Les détails font l’identité : le silex cauchois du Palais Bénédictine extrait de la falaise voisine, comme le brin de paille dans le torchis de la grange.

Et puis, derrière le détail se cache le savoir-faire. Et on découvre aujourd’hui que des matériaux oubliés ont des qualités parfois supérieures à celles de nos produits modernes, c’est ainsi que la terre retrouve droit de cité dans les immeubles contemporains. Gardons-nous cependant d’idolâtrer toutes les pratiques du passé. Aujourd’hui, chercheurs et agronomes osent remettre en cause certains savoir-faire ancestraux comme le labour profond, destructeur de la matière organique qui structure les sols. Inutile désormais de remuer ciel, et surtout terre pour préparer les sols avant le semis.

C’est que le tourisme vert et le patrimoine posent la question du pourquoi. Ils questionnent l’histoire, interrogent l’habitant, avant de transformer la mémoire et le local en projets.